Tapis industriel : le Maroc se heurte à  la concurrence turque

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Le tapis industriel marocain souffre. L’arrêt de la production de tapis depuis un mois par Motex, mythique entreprise créée en 1981, en est la triste preuve. Celle-ci a en effet décidé de se concentrer sur la fabrication de moquettes. Il y aura encore des tapis Motex sur le marché mais ils seront désormais importés, ce que la société a jugé plus rentable.

Il faut dire que la production locale manque de compétitivité, face notamment à une industrie turque de plus en plus concurrentielle. A l’export, les Européens, Américains et autres clients habituels du tapis marocain se sont reportés sur la production turque, beaucoup moins chère. «Les Turcs sont environ 20% moins chers que nous. Or, il nous est impossible de nous aligner. Si eux produisent pour survivre, nous produisons pour gagner», explique un opérateur du secteur. Pour lui, si les Turcs parviennent à dominer le marché, avec un tapis vendu en moyenne à 8 euros le mètre carré contre 10 euros pour le Maroc, c’est notamment parce qu’ils bénéficient d’un coût de revient faible. «Au Maroc, l’électricité coûte encore trop cher. Pour le transport, c’est la même chose. Nous importons toutes nos matières premières de pays géographiquement éloignés. La Turquie, elle, importe du fil synthétique d’Arabie Saoudite, sa facture logistique est donc moins élevée que la nôtre», poursuit-il. Ce dernier précise par ailleurs que la région de Gaziantep, dans le Sud-Est turc, à 127 kilomètres d’Alep en Syrie, est devenue l’une des zones les plus productives de tapis industriels au monde. Des milliers de machines y sont installées, produisant ainsi des millions de mètres carrés par jour. En 2006 déjà, 700 millions de dollars de tapis industriels ont été exportés depuis cette zone. 40% du fil synthétique produit en Arabie Saoudite, nécessaire à la fabrication de ces tapis, est acheminé vers la Turquie.

Les exportations marocaines ont chuté de 62% en dix ans

La vie semble donc facile pour ces industriels turcs, d’autant plus qu’«ils obtiennent des subventions de l’Etat et des avantages à l’investissement pour pouvoir être compétitifs à l’export», ajoute notre source. A côté, les Marocains font figure de petits joueurs. «Les exportations de tapis du Royaume ont chuté de moitié en 10 ans», précise un autre industriel. En 2000, ces exportations totalisaient un montant de 180 MDH selon les statistiques de l’Office des changes. Dix ans plus tard, elles sont passées à 68 millions, soit 62% de baisse.

Dans ce contexte concurrentiel difficile à l’international, il ne reste plus aux producteurs qu’à miser sur le marché local. Même si celui-ci a considérablement évolué, notamment en termes d’habitudes d’achat, les industriels marocains ont réussi à s’adapter et à répondre ainsi aux nouvelles tendances. C’est d’ailleurs sur le marché local qu’ils se font désormais la «guerre». Résultat : le tapis marocain représente encore 60% du marché, du souk aux grandes surfaces. «Nous misons sur la consommation locale, nous n’avons pas le choix. Nos exportations représentent désormais moins de 10% de notre chiffre d’affaires», résume ainsi un producteur. Néanmoins, si la demande sur le tapis local reste stable pour l’instant, il pourrait bien en être autrement demain. «C’est psychologique, les Marocains ne veulent plus du made in Morocco. Une fabrication turque vaut plus qu’une fabrication locale pour eux», se lamente ce même industriel. L’accord de libre-échange conclu entre les deux pays n’aura pas eu d’impact sur l’importation de tapis turcs au Maroc, du moins pour le moment. Mais, pour certains industriels, une augmentation des droits de douane et un meilleur contrôle aux frontières ne feraient pas de mal. Une analyse systématique des containers arrivant au Maroc permettrait, selon un professionnel, de découvrir que tous les tapis turcs ne correspondent pas toujours à la fiche les accompagnant. «Beaucoup de tapis sont de mauvaise qualité et affichent des caractéristiques en contradiction avec la feuille d’entrée», conclut ainsi un opérateur.



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